Thomas Gourdy est fils, petit-fils, arrière-petit-fils de policiers de la préfecture de Paris. Il découvre tardivement que son père est mêlé au meurtre de Malik Oussekine. Dans Force Bleus, il questionne son histoire familiale pour questionner en profondeur l’institution policière.
Invité : Thomas Gourdy, auteur et metteur en scène de Force Bleus, un spectacle joué au Théâtre de Belleville jusqu’au 30 avril.
Malik Oussekine, étudiant de 22 ans, est tué par la police dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, alors qu’il fuyait une manifestation contre la loi Devaquet, une loi voulant réformer l’université.
Cet événement qui a profondément marqué l’enfance de Thomas Gourdy – il avait quatre ans – nourrit son spectacle Force Bleus. Fils et petit-fils de policiers, il met en lumière une généalogie familiale traversée par la police, tout en questionnant l’institution de l’intérieur : ses violences, ses silences, ses logiques de domination et ses effets destructeurs sur ceux qui la servent comme sur ceux qui la subissent.
Force Bleus ne se contente pas de revenir sur l’affaire Oussekine. Le spectacle met en regard cette mort avec des violences policières plus récentes, notamment celle de Nahel Merzouk, et questionne la continuité des mécanismes de justification, de discours et de pouvoir.
Parcours artistique de Thomas Gourdy
Thomas Gourdy est auteur et metteur en scène au sein de la compagnie La bande passante depuis 2020. Il y dirige des collectes de récits et des ateliers d’écriture dans le cadre d’un cycle de création consacré aux récits intimes adolescents. Cette collaboration l’amène à s’engager pleinement dans la création de son premier spectacle Devenir (2022), dont il est le dramaturge et le coauteur.
Par la suite, il explore le champ de la performance, posant les premières bases d’un travail de recherche personnel autour de la figure du policier, de l’héroïsation des récits de trois générations de policiers de son arrière-grand-père à son père, et se confronte à des archives judiciaires qu’il va consulter dans les sous-sols de la Préfecture de police de Paris, relatives à une affaire d’État dans laquelle son père était mis en cause.
La jonction apparaît alors évidente entre ce projet et la démarche documentaire de la compagnie, qui interroge les relations entre le public et le privé, le général et l’intime, les protocoles de collecte et d’écriture, ainsi que les manières de mettre en scène le réel, notamment par la performance. Il est alors décidé de produire et de diffuser ce projet au sein de La bande passante. Le spectacle prend le nom de Forces Bleus.
