Dans L’Apocalypse d’Adam et Aimée, Adama Diop poursuit son travail de création et revisite l’œuvre fondatrice du poète, Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal.
Le père, Adam, figure tutélaire, fatiguée, crépusculaire, raconte l’apocalypse à sa fille, Aimée. Pour ce faire, il reprend parfois les mots d’Aimé, le grand Césaire. Un baisser de rideau pour l’humanité, écrit et incarné par Adama Diop, qui se joue actuellement au Théâtre du Rond-Point.
Être la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche
Le spectacle se construit sur des échos : ‘Aimée’ rappelle ‘Aimé’, Adama est ‘Adam’, le premier homme qui est aussi le dernier, et qui est encore l’interprète présent devant son public. Les voix de tous se prolongent, se répondent et se confondent. Adama Diop évoque un « rapport presque radiophonique à dire de la littérature ». Sur scène, Adama Diop porte un costume brodé de fleurs rouges et déclame dans un décor minimaliste, où la nature reprend progressivement ses droits. Il parle pour le végétal menacé, pour les espèces animales disparues, et la poésie perdue.
À travers sa lecture, Adama Diop explique avoir voulu permettre à la poésie de reprendre ses droits sur le plateau de théâtre. L’Apocalypse d’Adam et Aimée est une pièce qu’il qualifie plutôt de « grand poème », poème qui rend hommage à un autre : le Cahier d’un retour au pays natal.
Genèse d’un récit de la fin des temps
Au commencement, il y a donc le Cahier de Césaire, œuvre indomptable qui le suit depuis l’adolescence. Au commencement, il y a aussi une commande du musée de l’Orangerie à Adama Diop pour un texte sensé être lu in situ, avec en toile de fond les nymphéas de Monet. Les peintures de Monet sont symptomatiques d’une frénésie de dire le monde, dans laquelle se reconnait Diop. La civilisation déchue qu’il décrit est un peu la nôtre, documentée dans tous ses excès, le point de bascule dépassé.
Entre retour et renoncement, fin et recommencement
Pour Adama Diop, l’Apocalypse n’est pas juste la fin du monde. « L’Apocalypse, c’est aussi une révélation », rappelle-t-il. L’effondrement d’une société devient le moment de prise de conscience qui permet d’envisager le monde d’après, celui qui se dessine par-delà les décombres. On pourrait même épouser l’embrasement de « mini-apocalypses pour laisser place à des mondes plus ouverts, plus justes. » C’est bien la fin des temps qui permet au futur d’advenir.
Si Adam ressasse le passé, Aimée est l’avenir, un futur au féminin. Elle assure la préservation de sa lignée et la survie de l’humanité…
Le texte est à retrouver aux éditions Actes sud.
Invité : Adama Diop, auteur, comédien et metteur en scène, né à Dakar, au Sénégal. Il se forme à partir de 2002 à l’ENSAD de Montpellier puis au CNSAD de Paris. En 2016, il est révélé dans la pièce-fleuve 2666 de Julien Gosselin.
En 2018, il tient le rôle-titre dans Macbeth de Stéphane Braunschweig. En 2021, le rôle de Ermolaï dans la Cerisaie mis en scène par Tiago Rodrigues. En 2022, il est Othello dans la mise en scène de Jean-François Sivadier.
En 2021, Diop crée au Sénégal l’« École internationale d’acteurs et d’actrices de Dakar » (EIAD), un lieu dédié à la formation et à la professionnalisation des comédiens et comédiennes issus de tout le continent africain.
En 2024, il met en scène Fajar ou l’Odyssée de l’homme qui rêvait d’être poète.
L’Apocalypse d’Adam et Aimée est sa deuxième mise en scène.
Programmation musicale :
Les artistes Meryl feat Umpa avec le titre Lajen.
