Les Journées européennes des métiers d’art (JEMA), organisées chaque année en France et en Europe, célèbrent la richesse et la diversité des savoir-faire artisanaux. Parmi ces talents, Cyril Dennery, maître artisan d’art céramiste, se distingue par un parcours atypique où architecture, passion pour la terre et fascination pour la cuisson au feu de bois se mêlent. Pour lui, la céramique est bien plus qu’un métier, c’est un chemin de vie, une quête d’harmonie entre l’humain, la nature et le feu.
Originaire de Boulogne-sur-Mer, Cyril Dennery a été diagnostiqué hyperactif dans son enfance. Pour canaliser son énergie, ses parents l’ont inscrit à de multiples activités. C’est finalement les maquettes, notamment celles de trains électriques, qui ont capté son attention. Dès l’âge de huit ans, il passe des heures à construire, démonter et créer, développant ainsi une passion précoce pour la précision et la conception. « À onze ans, j’ai récupéré le train électrique de mon père. Je faisais de l’électronique, des maquettes, je faisais tout moi-même. Ça m’amusait beaucoup », confie-t-il.
Cette fascination pour la construction le conduit naturellement vers des études d’architecture. Mais c’est en Angleterre, lors d’un cursus en Art et Design, qu’il découvre la céramique. « J’ai eu un coup de foudre immédiat pour le tour à pied. Pour moi, qui ai un passé de jongleur, c’était un exercice proprioceptif fascinant : tout le corps est engagé, des pieds aux doigts », explique-t-il. La terre devient alors bien plus qu’un matériau : elle est un miroir de son intériorité. « Ce n’est pas la terre en elle-même, c’est l’effet qu’elle produit sur le corps. Travailler la terre, c’est un processus intérieur, une rencontre avec soi-même », ajoute-t-il. Une révélation qui marquera le début d’une aventure artistique et personnelle.
Autodidacte et inspiré : l’apprentissage par la passion
Cyril Dennery n’a pas suivi de formation traditionnelle en céramique. Son apprentissage s’est construit grâce à des ressources informelles, notamment les vidéos YouTube de maîtres potiers japonais et anglais. « En 2009, YouTube était déjà une mine d’or. Je regardais des vidéos le soir et j’essayais de reproduire les gestes le lendemain », raconte-t-il. Parmi ses influences, les potiers japonais, détenteurs d’un savoir-faire ancestral, et des figures comme Simon Leach, petit-fils du légendaire Bernard Leach, une référence en poterie anglaise.
Son parcours d’autodidacte est marqué par une soif de liberté et d’autonomie. « J’avais l’impression que les études me donnaient un cadre disciplinaire, mais j’ai toujours préféré apprendre par moi-même. Aujourd’hui, je partage aussi mes connaissances via ma chaîne YouTube, pour redonner ce que j’ai reçu », souligne-t-il. Cette approche lui a permis de développer un style unique, nourri par des influences culturelles variées et une sensibilité architecturale. « Les céramistes d’aujourd’hui viennent souvent d’autres horizons et c’est cette diversité qui enrichit le métier », explique-t-il.

La cuisson au feu de bois : un dialogue avec la flamme
Cyril Dennery a choisi la cuisson au feu de bois, un procédé ancestral qu’il a perfectionné au fil des années. Inspiré par les potiers japonais, il a construit son propre four, un outil exigeant qui demande une maîtrise technique et une patience infinie. « La cuisson au bois, c’est l’une des plus complexes qui existent. À 1 300 degrés, la cendre fond et crée des effets de verre sur les pièces, un phénomène appelé « taxie ». C’est un dialogue entre la science et l’art », détaille-t-il.
Pour chaque cuisson, Cyril utilise entre 6 et 7 stères de bois, une ressource qu’il produit lui-même sur une parcelle de deux hectares. « Je passe un mois par an à bûcheronner. C’est un métier dans le métier, mais c’est essentiel pour moi. La céramique, c’est aussi une connexion à la nature, au bois, à la forêt », confie-t-il. Les cuissons durent 30 heures, organisées en quarts de 6 heures, comme sur un bateau. « On ne fait pas simplement du feu, on le conduit. C’est une aventure humaine, où la confiance et la complémentarité avec son partenaire sont cruciales », explique-t-il.

Créer pour les chefs étoilés : l’art de s’adapter
Depuis quinze ans, Cyril Dennery crée des œuvres d’art mais collabore aussi avec des restaurants étoilés pour créer des assiettes uniques, adaptées à l’univers de chaque chef. « Il n’y a pas de projet sans contexte. Ma formation d’architecte me rend extrêmement sensible à l’environnement dans lequel mes pièces vont évoluer », précise-t-il. Chaque collection est le fruit d’un dialogue avec le chef, une alchimie où le « putain de facteur humain » (PFH), comme il l’appelle en référence à Hubert Reeves, joue un rôle clé.
« Certains chefs sont très directifs, d’autres me laissent une liberté totale. Mon premier client, un ancien de l’audiovisuel, m’a dit : « Je sais ce que j’ai à faire dans ma cuisine, je ne vais pas te dire ce que tu as à faire dans ton atelier. » Cette confiance a été un déclencheur pour moi », se souvient-il. Aujourd’hui, Cyril Dennery partage son temps entre la création de pièces d’art et la production d’assiettes sur mesure, tout en continuant à explorer de nouvelles techniques. « La céramique absorbe tous les autres métiers. C’est un terrain de jeu infini, où je peux exprimer ma curiosité et mon hyperactivité », conclut-il avec passion.
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