Festival de Cannes 2026: Farhadi, Kore-eda, Pawlikowski, Almodovar, Fariala…

Par
10 min de lecture

« Le cinéma est un art vivant ! Et il est aussi là pour parler de l’état du monde. » Thierry Frémaux, le délégué général, a annoncé ce jeudi 9 avril, à Paris, la sélection officielle du Festival de Cannes, avec beaucoup de nouveaux entrants, des films de tous les continents, dont plusieurs films africains, et beaucoup de premiers films. Mardi 12 mai, le plus grand festival de cinéma au monde s’ouvrira dans le Grand Théâtre Lumière par « La Vénus électrique », l’avant-première mondiale du film du réalisateur et scénariste français Pierre Salvadori. Le 23 mai sera décernée la Palme d’or à l’un des 21 films en compétition.

« Ce sont des chiffres presque olympiques », a martelé Thierry Frémaux vu les 2 541 longs métrages venus de 141 pays, soumis aux comités de sélection. Mille films de plus qu’il y a dix ans !

Parmi les grands noms de la compétition pour la Palme d’or se trouvent les œuvres du cinéaste iranien Asghar Farhadi, du réalisateur russe en exil, Andrei Zviaguintsev, du cinéaste espagnol Pedro Almodovar ou des anciens Palme d’or, le Roumain Cristian Mungiu et le Japonais Hirokazu Kore-eda.

Cinq réalisatrices dans la compétition officielle 

Les 21 films de la compétition comptent onze cinéastes en lice pour la première fois, dont cinq réalisatrices. Le Russe Andreï Zviaguintsev revient avec Minotaure, tourné hors de son pays qu’il a quitté, sur une jeunesse confrontée à la conscription et à la guerre. L’Espagnol Rodrigo Sorogoyen présente El ser querido, avec Javier Bardem, plongée dans les zones grises du pouvoir. Avec The Man I Love, l’Américaine Ira Sachs aborde la question du sida à travers une histoire intime.

Le Polonais Paweł Pawlikowski signe avec Fatherland un film en noir et blanc sur l’Allemagne d’après-guerre et le retour de Thomas Mann en 1945. Le Hongrois László Nemes est annoncé avec Moulin, aux côtés de l’écrivaine et cinéaste Léa Mysius, qui adapte son propre livre L’Histoire de la nuit. Cristian Mungiu a tourné pour la première fois en Norvège avec Fjord, réflexion sur la responsabilité individuelle face aux décisions irréversibles. Le Belge Emmanuel Marre explore le quotidien du régime de Vichy dans Notre salut, questionnant la manière de gouverner en temps de collaboration.

L’Autrichienne Marie Kreutzer dévoilera Gentle Monster, chronique d’un couple où l’un révèle soudain un trait monstrueux de sa personnalité. Du Japon viennent Quelques jours à Nagi de Koji Fukada, portrait du Japon des solitudes, et All of a Sudden, de Ryusuke Hamaguchi, coproduction franco-japonaise tournée à Paris avec des acteurs nippons. Le Coréen Na Hong-jin signe Hope, film de deux heures qui change constamment de genre. Et Hirokazu Kore-eda, habitué de la Croisette, présentera Sheep in the Box, récit sur l’intelligence artificielle, sans oublier ses sujets de prédilection, l’enfance et l’innocence.

La Française Jeanne Herry dirige Adèle Exarchopoulos dans Garance, portrait d’une jeune femme en quête de place. Et Arthur Harari revient avec L’Inconnue, plongée dans la schizophrénie et les identités multiples. L’Allemande de l’Est Valeska Grisebach propose L’Aventure rêvée, voyage à travers l’Europe et ses fractures. Également porté sur l’histoire, le Belge Lukas Dhont signe Cowards, film sur la Première Guerre mondiale, dont l’image tente de retrouver les couleurs de l’époque. Enfin, Pedro Almodóvar est de retour avec Autofiction, variation sur les calvaires intimes et les désirs inassouvis.

Cannes, c’est la fête des œuvres sur grand écran

Au-delà de la compétition, le 79e Festival de Cannes témoigne – avec ses différentes sections comme la compétition, Un certain regard, Les séances de minuit, Cannes Classics ou Cannes Première -, que « la salle de cinéma reste un moment de partage d’une œuvre sur grand écran », rappelant que l’expérience collective ne se confond pas avec celle du petit écran. On a pu prédire la mort du cinéma – « comme jadis Jean-Luc Godard » –, mais l’image, elle, n’a jamais été aussi omniprésente, même sur Instagram, s’est amusé Frémaux, pour mieux souligner le paradoxe d’un art menacé et pourtant partout.

Cannes reste fidèle à son ambition originelle, dès 1946 : témoigner de l’état du monde. « Le monde occidental a besoin de douceur, de nature », a souligné Frémaux. La diversité des formes – documentaires de cinéma, animation de plus en plus présente, fictions indépendantes américaines loin des grands studios – traduit cette volonté de confronter les regards.

L’édition 2026 est placée sous la présidence d’un cinéaste sud-coréen, Park Chan-wook, qui remettra le 23 mai prochain la Palme d’or aux lauréats – signe de l’influence grandissante du cinéma d’Asie de l’Est sur la Croisette. La cérémonie sera animée par l’actrice française Eye Haïdara, déjà remarquée pour son énergie et son humour.

Le Centrafricain Rafiki Fariala au Certain Regard

La section Un Certain Regard confirme son rôle de laboratoire du jeune cinéma, accueillant premiers films et signatures émergentes. Parmi les films sélectionnés, on y trouve De toutes les nuits, les amants, de la Japonaise Yukiko Sode, Yesterday The Eye Didn’t Sleep, du réalisateur palestinien Rakan Mayasi, La mas dulce, de la réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi ou Congo Boy, du cinéaste centrafricain Rafiki Fariala, ainsi que Les Élephants dans la brume, du réalisateur népalais Abinash Bikram Shah, tandis que Benimana, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, aborde le Rwanda d’après-génocide sous l’angle de la réconciliation. L’Américaine Jane Schoenbrun signe Teenage Sex and Death at Camp Miasma, plongée provocante dans les turbulences adolescentes.

Les Séances spéciales font la part belle au documentaire. Steven Soderbergh dévoile John Lennon, The Last Interview, remontant le fil des derniers entretiens du musicien. La jeune Avril Besson présente avec Les Matins merveilleux son premier film de fiction. Un autre documentaire, de Ron Howard, retrace le parcours du grand photographe Richard Avedon, traversant les époques et les bouleversements sociaux. Christophe Dimitri signe Les Survivants de Che, enquête sur l’héritage de Guevara. Et L’affaire Marie-Claire revient sur le procès intenté à une victime de viol ayant avorté, affaire emblématique des luttes pour les droits des femmes.

John Travolta en réalisateur

La section Cannes Première, vitrine d’avant-premières mondiales jugées incontournables, aligne des noms familiers. John Travolta, passionné d’avions, revient, pour la première fois en réalisateur, avec Vol de nuit pour Los Angeles. Le vétéran allemand Volker Schlöndorff revisite l’histoire de son pays avec Le Bois de Klara, tandis que Kukojuro, un film de samouraïs du Japonais Kiyoshi Kurosawa, rappelle l’attachement du festival à tous les genres. Sans oublier La Troisième nuit, de Daniel Auteuil, qui met en scène le sauvetage d’enfants juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, prolongeant la réflexion sur la mémoire.

Sur la Croisette, en mai prochain, ce sera à un jury à majorité internationale – présidé par un cinéaste coréen – de trancher. Mais, pour Thierry Frémaux, l’essentiel est déjà là : « Ce que nous voulons montrer à Cannes, ce sont des films intelligents, qui nous aident à penser la vie universelle. »


Les films en compétition

Minotaure, d’Andrey Zvyagintsev

El ser querido, de Rodrigo Sorogoyen

The Man I love, d’Ira Sachs

Fatherland, de Pawel Pawlikowski

Moulin, de László Nemes

Histoires de la nuit, de Léa Mysius

Fjord, de Cristian Mungiu

Notre salut, d’Emmanuel Marre

Gentle Monster, de Marie Kreutzer

Quelques jours à Nagi, de Kōji Fukada

Hope, de Na Hong-jin

Sheep in the Box, de Hirokazu Kore-eda

Garance, de Jeanne Herry 

L’Inconnue, d’Arthur Harari

All of a Sudden, de Ryusuke Hamaguchi

L’Aventure rêvée, de Valeska Grisebach

Cowards, de Lukas Dhont 

La Bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi, alias « Los Javis »

La Vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Taquet

Histoires parallèles, d’Asghar Farhadi

Autofiction, de Pedro Almodóvar

Partager cet article