Le 80e Festival d’Avignon: le théâtre, la Corée, et des questions

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« Que le festival soit la fête du questionnement, sans peur… », a lancé Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, lors de la présentation du programme, ce mercredi 8 avril à la FabricA, à Avignon. 47 spectacles, dont 27 dirigés par des femmes, et une langue invitée, le coréen, seront à l’affiche. Le 4 juillet, à la Cour d’honneur du Palais des papes, Julien Gosselin, l’enfant terrible du théâtre, ouvrira l’édition 2026 avec « Maldoror ».

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« Quel est le « secret du mal » ? » Pour son très attendu spectacle, Maldoror, le metteur en scène français Julien Gosselin explorera pendant cinq heures la fascination littéraire pour le mal et les bas-fonds de la violence humaine.

80 ans après sa création et fidèle à son histoire, le Festival d’Avignon continue à faire vivre le théâtre comme un espace vivant de réflexion, accessible à tous. Dans l’écrin de la FabricA, lieu emblématique situé à l’écart du centre historique, Tiago Rodrigues, le directeur du Festival, a donné la parole à 80 spectateurs et spectatrices pour dévoiler la liste des événements. Une manière de rappeler que le festival se construit d’abord pour son public. Étudiants, artistes, lycéens, sages-femmes, enseignants, retraités ou professionnels de tous horizons ont ainsi pris la parole pour incarner cette programmation plus que jamais exigeante et populaire, incisive et inclusive, traversée par l’engagement et l’empathie. L’édition 2026 ambitionne d’incarner l’esprit de ce festival né il y a 80 ans de la volonté de Jean Vilar et du maire de l’époque d’inventer une « semaine d’art » ouverte à tous.

« La culture n’est pas un luxe »

Huit décennies plus tard, doté d’un budget d’environ 16 millions d’euros, l’élan demeure intact. « La culture n’est pas un luxe, c’est une force », dans une époque où le secteur culturel apparaît fragilisé. À Avignon, le spectacle vivant reste un pilier : « pendant le festival, Paris devient une province d’Avignon », dit-on encore, tant la cité des papes s’impose chaque été comme un phare culturel.

L’affiche de cette année devrait marquer les esprits : elle représente un point d’interrogation frappant du poing sur une table : « Le festival se bat depuis 80 ans pour que les artistes puissent poser librement des questions ». Au-delà de l’ampleur de sa programmation – avec 47 spectacles et plus de 300 rendez-vous, répartis dans 19 lieux et 14 communes – le festival donne pour la première fois une large majorité aux spectacles dirigés par des femmes, marquant un tournant dans la parité.

Rendez-vous avec la langue, la culture et l’histoire coréennes

L’international est également au cœur de cette édition, avec 25 artistes venus du monde entier. Après l’anglais en 2023, l’anglais en 2024 et l’arabe en 2025, le coréen est cette année la langue invitée, représentant à elle seule près de vingt pour cent de la programmation. Plusieurs créations interrogent l’histoire et les tensions contemporaines de la Corée. Island Story de Kyung-Sung Lee revient sur l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire coréenne à travers les témoignages d’enfants de victimes et de survivants des massacres de Jeju, en 1948, aussi connus sous le nom de « 4.3 ». Avec Muljil, inspiré par les plongeuses haenyeo de l’Île de Jeju, Jinyeob Lee propose une expérience sensorielle saisissante où les corps évoluent entre vie et mort, dans une scénographie aquatique immersive, où « la poésie des corps en suspension dans des bassins remplis d’eau nous confronte à la vulnérabilité et à la frontière fragile entre la vie et la mort ». 

Quant à Jaha Koo, metteur en scène, compositeur et vidéaste sud-coréen, il mêle performance et critique sociale dans Cuckoo, dialogue inattendu entre trois cuiseurs à riz, pour aborder « les conséquences de l’impérialisme économique en Corée du Sud » tout en auscultant « l’isolement et l’anxiété d’une jeunesse sous pression ».

De la Corée à l’Égypte

Également présenté à la Cour d’honneur, Oiseau est porté par Julie Deliquet avec Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee. Une lecture-performance d’Impossibles adieux, une ode à la liberté, écrite par la prix Nobel Han Kang : « deux langues, deux présences, un même texte ». Le Collectif XY y présentera Le pas du monde, mêlant acrobatie et réflexion écologique. Le musicien Benjamin Clementine, né en 1988 à Londres de parents d’origine ghanéenne, a longtemps joué sa survie dans les rues, les bars ou les stations de métro… avant de faire carrière et d’être invité à faire résonner sa voix et son piano au Palais des papes.

Les spectacles d’Ahmed El Attar traitent de la société contemporaine égyptienne et partent souvent de situations quotidiennes, dans lesquelles il s’attache à souligner les dominations et oppressions – notamment familiales. Dans Salma, mon amour, il met en scène la vie d’une riche famille égyptienne dont la vie va peu à peu basculer dans le chaos, à la suite du 7 octobre 2023.

Ça va, ça va le monde !

Le festival n’oublie pas les formes hybrides interrogeant l’intelligence artificielle, à l’image d’Everything Must Go de la compagnie britannique Forced Entertainment, ou les nouvelles écritures. 67% des artistes sont invités pour la première fois. Ça va, ça va le monde !, le cycle de lectures proposé par RFI, fera de nouveau découvrir au public du festival des auteurs et des comédiens francophones d’Afrique, du Proche-Orient, des Caraïbes…

À 80 ans, le Festival d’Avignon regarde résolument vers le futur. « Quand un peuple croit à sa culture, il croit encore à son avenir ».


Le Festival d’Avignon, du 4 au 25 juillet 2026.

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