Le désamour des jeunes pour la lecture : « Faire lire, c’est un rôle clé des enseignants » – De vive(s) voix

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Les jeunes de 7 à 19 ans lisent de moins en moins, alerte le rapport du Centre national du livre (CNL) publié mardi 14 avril. Une conclusion qui confirme la tendance déjà observée dans l’étude menée en 2024. 

Cette étude, réalisée tous les deux ans depuis 2016 par le CNL, met en lumière le rapport des 7-19 ans avec la lecture. Les résultats de cette enquête réalisée sur un chantillon de 1500 personnes et qui vise à évaluer la manière dont les jeunes Français perçoivent et pratiquent la lecture aujourd’hui sont sans appel : bien que le nombre de jeunes qui lisent reste globalement stable, on observe toujours un décrochage à l’adolescence et une dégradation du niveau de lecture. 

 

L’adolescence, une période charnière 

86 % des jeunes déclarent lire, mais la tendance est à la baisse. Le décrochage semble se faire à l’adolescence. « C’est alarmant. On imagine que c’est à l’âge du premier smartphone que le fossé se creuse. » nous dit Olivier Lombardi du CNL. Cette baisse se confirme aussi pour les mangas et les BD. Cependant, la France reste une terre de littérature, notamment chez les jeunes, comparée à des pays comme les États-Unis. Dans certains pays comme la Finlande ou l’Espagne, les gouvernements ont pris le problème à bras-le-corps pour redonner l’envie de lire aux jeunes. Le souci, c’est que les parents, souvent digital natives, ont moins d’appétence pour la lecture que la génération d’avant.

Cependant, ajoute-t-il, le livre reste sacré en France : il demeure le cadeau de Noël préféré des Français. Il reste central. Olivier Lombaardi préconise de lire des histoires aux enfants dès le plus jeune âge et de pratiquer la lecture à voix haute avec ses adolescents.

Un phénomène qui s’observe dans les écoles

Gilles Vernet le constate dans sa classe. Professeur des écoles en CM2 depuis vingt ans, il demande à ses élèves de lire un chapitre pour le jour suivant. « Faire lire, c’est un des rôles clés des enseignants. Les jeunes lisent, oui, mais combien de temps par jour ? Que lisent-ils ? Est-ce une lecture profonde ? Il y a un manque de lecture nourrie. Il y a un manque d’ambition. » 

La solution serait pour lui de faire baisser le temps d’écran chez les jeunes, une mesure plébiscitée par ses élèves eux-mêmes, qui admettent ne pas arriver à se poser des limites dans l’utilisation des écrans ! Pour l’enseignant, il est primordial de faire comprendre aux enfants que la lecture est un outil d’émancipation sociale. Il recommande aussi de leur faire lire, dès le plus jeune âge, de grands auteurs tels que Victor Hugo ou Stefan Zweig afin de les imprégner de la beauté de la langue et des mots. « Des auteurs comme Victor Hugo, qui ont défendu les pauvres et les enfants, ça parle aux jeunes, ils se sentent proches de ces préoccupations, il faut prendre le temps de les guider. » Il insiste sur le rôle des parents dans la transmission du goût de la lecture

Invités : Olivier Lombardi, directeur général du Centre National du Livre.

Gilles Vernet, professeur des écoles en CM2 à Paris en zone prioritaire. Son documentaire « Et si on levait les yeux ? » est à regarder ici. 

L’étude complète du CNL est à lire ici. 

Avec également le reportage de Camille Simon 

Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup s’amuse à décortiquer pour nous, les expressions de la langue française. Cette semaine c’est l’expression « A cor et à cri » qui donne bien du fil à retordre à ceux qui essaient de l’écrire correctement. Avec Benjamin Rouxel des éditions Le Robert.

 

Programmation musicale : 

L’artiste québécoise Ariane Roy avec son titre Mordre

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